Fabienne   Houze essaiA    

Nous remercions Fabienne Houzé-Ricard qui nous a fait la faveur d’illustrer la livraison XXI de l'automne 2014. Elle a été enseignante d’arts plastiques avant de se concentrer pleinement à son travail d’artiste qui réunit des supports divers : la peinture, les installations, et les dessins comme autant de carnets de bords, qui accompagnent les séries dédiées à un travail précis de variations sur un même thème. Le choix des matériaux – bande plâtrée, verre –, comme des couleurs, appartiennent pleinement aux récits qui accompagnent mentalement le travail de l’artiste, irrigué par l’ample question métaphysique de ce que nous faisons là, de nous comme avec nous, et surtout là maintenant. Et qu’est-ce qui de l’enfance s’est transformé, a disparu, ou sous-tend l’apparente contingence de ce que nous fabriquons dans l’exil de ce temps qui sans cesse reflue par petits fils, plus ou moins, visibles. De la mort d’un père à un nid d’oiseau posé sur une chaise à la campagne, où elle a grandi en « enfant de la terre », mais aussi dans la proximité d’un étrange lieu, l’abattoir familial – carcasses alignées, après la saignée, l’arrachage du cuir, l’éviscération de ses abats blancs et rouges – Fabienne Houzé-Ricard semble avoir conservé la matérialité et les couleurs de cet univers particulier quand elle peint. Et la quête d’un nid. La série des nids rouges sur fond noir, aux occupants toujours absents, signe à la fois le commencement de la vie et la quête d’un lieu où continuer à se nicher. Ces nids aussi figuratifs qu’abstraits se donnent à voir comme une métaphore du vivant, en ce qu’ils sont des espaces pour l’accueillir, fabriqués dans la nature à cet effet par leurs créateurs, en même temps que les linéaments aux textures vivantes semblent les traces d’une autre vie. Des nids-organes, des nids-végétaux, des nids comme des cœurs où pulserait la vie. Comme si le visible et l’invisible se trouvaient loger ensemble dans ce geste de peindre des traits, prolongeant le corps de l’artiste, sa respiration, pour certes donner forme à des nids, mais aussi à leur matière intérieure vivante et aux variations infinies de les tisser. D’où la série. Des tissages de nids comme autant de linéaments de vies plurielles, ou le tissage d’un nid unique, aux formes et textures qui selon les temps varient. Et de comment on le regarde. Des nids-corps ou nicher son corps de l’oiseau à l’homme. Le nid toujours à recommencer ?

Élise Clément: Revue Skhloe.fr. Octobre 2014